L’art érotique lesbien

Le mot de Jean-Bernard

« Tout art est érotique » – Adolf Loos (1870-1933)

 
Alors que dire de l’art lesbien ?
Il est vrai que dans l’histoire de l’art c’est un sujet qui a fait florès. Du coup, nous allons être obligés de nous limiter dans notre présentation.
En peinture les œuvres érotiques lesbiennes sont cependant moins nombreuses qu’il pourrait y paraître. Cela tient essentiellement à l’essence même de cet art. Une toile est unique, souvent très longue à être achevée.
À l’inverse, ce qu’on appelle génériquement des « gravures », c’est-à-dire des impressions sur papier ou carton à partir d’une plaque généralement en cuivre ou en bois, et qu’on peut également dénommer estampes, sont relativement plus rapides à mettre en œuvre et surtout leur diffusion peut être illimitée. Elle se fait la part belle dans le domaine, ainsi que dans l’érotisme en général, de par sa faciliter à être distribuée « sous le manteau ».
Troisième art, qui est un peu le parent pauvre, la sculpture. Les œuvres passées sont assez rares, mais, on assiste à une « renaissance » de celui-ci dans le domaine qui nous intéresse.

Aux origines…

Vase grec dont il n’est nullement besoin de commenter sa représentation…

Plus près de nous…

Étrangement commençons notre exploration par une œuvre qui, contrairement à sa réputation et à l’idée qu’on s’en fait n’est absolument pas lesbienne.


Gabrielle d’Estrée et Julienne Hyppolite au bain – Anonyme vers 1594

Pourtant c’est assez émoustillant ce pince-téton de deux jolies femmes complètement dépoitraillées.
Ben, on commence à se poser des questions lorsqu’on sait que Julienne Hyppolite n’est autre que… la sœur de Gabrielle. Bon, à la fin du XVIe siècle on ne plaisantait pas avec l’homosexualité féminine, crucifiée par le très célèbre Pierre de Bourdeilles alias Brantôme qui n’a pas de mots assez durs pour les « fricatrices ». Alors de les représenter dans la version « incestueuse », il n’en aurait pas été question.
Non, le fait que Julienne-Hyppolite s’intéresse au mamelon de sa frangine, c’est tout simplement pour annoncer « Urbi et Orbi » que Gabrielle était enceinte des œuvres de Henri IV.

XVIIIe siècle

Un siècle et demi plus tard, cela ne fait aucun doute dans le tableau de Jean-Jacques Lagrenée. Il est tellement évocateur que nous n’avons pu résister à l’utiliser comme image de notre site. Bizarrement il sert également d’illustration dans l’article de Wikipédia « Pornographie lesbienne ». Bon, surtout au XVIIIe siècle, c’est chaud, c’est très chaud, et même si les deux amies ne cachent pas l’extase qu’elles viennent de connaître dans une séance de « ciseaux », ce n’est quand même pas explicite ! Par contre, innovation inouïe pour l’époque : on aperçoit des poils pubiens sur le personnage de droite ! Quelle audace !

Jean-Jacques Lagrenée – Les deux amies

Jean-Jacques Lagrenée un peintre vicieux ? En fait, on ne sait pas l’origine de ce tableau (une commande ?), mais on ne lui connaît pas d’autres œuvres sur le sujet. Étrangement, c’est son frère Jean-François qui a repris le thème dans son tableau « L’union de la peinture et la sculpture », même si c’est beaucoup plus sage.

Jean-François Lagrenée – L’union de la peinture et de la sculpture

Le XIXe siècle

Gustave Courbet

Transportons-nous cent ans plus tard et commençons donc par Gustave Courbet.
Bien que cela ne soit pas à proprement parler lesbien, comment pourrait-on parler de ce peintre sans évoquer le sulfureux « L’origine du monde ». Car, qu’on le veuille ou pas, l’exposition crue de cette vulve réchauffe le cœur de tous hétéros ou homos… C’est l’occasion de rappeler que l’on connaît désormais sa propriétaire. Ce tableau de Courbet avait été commandité par le turco-égyptien Khalil-Bey. Il a fallu attendre 2018 pour savoir enfin que ce richissime homme d’affaires avait demandé à Courbet « d’immortaliser » le sexe de sa maîtresse, la magnifique Constance Quéniaux, ancienne danseuse.


L'origine du monde – 1866

Constance Quéniaux