Le blog d'Anaïs 

Un renard dans le miroir – Luisa Gallerini – Roman fantastique et érotique lesbien

Amazon – Format Kindle et papier – 337 pages – à partir de 3,99 €

Mon évaluation

«Un petit bijou !»


Domino avait fait connaissance de ce roman dans une première édition il y a trois ans. Bien entendu, celui-ci m’a chaudement été recommandé !
Bon, il y en a qui ont franchement du bol. Moi, depuis quelques semaines il faut que je m’ingurgite des tonnes de littérature filandreuse et obscène, pendant que les autres tombent tout de suite sur la perle !
Nan ! Je plaisante, chef !
Bon, revenons à nos moutons, ou plus exactement à notre renard.
 
Dès le départ, il faut dire que Luisa Gallerini ce n’est pas n’importe qui. Un CV brillant et une culture générale impressionnante, en particulier pour tout ce qui a trait à l’égyptologie. Je vous invite à visiter sa page d’auteure sur Amazon ainsi que son site personnel (allez-donc voir la liste de lecture).
 
L’argument
Paris, il y a 100 ans au début des années folles. Joséphine Courmont, la vingtaine, dont on ne sait pas grand-chose de sa vie, si ce n’est qu’elle demeure avec sa mère handicapée, est mystérieusement invitée à une réception chez mademoiselle Dona Lampado, jeune, belle et riche Américaine, sulfureuse de par ses préférences saphiques affichées. Tout aussi étrangement est joint à l’invitation un « face-à-main » (le miroir).
Dès les premières pages on comprend le rôle de celui-ci, puisqu’en vérifiant son aspect, Joséphine réalise avec stupéfaction que les reflets de certains invités sont ceux d’animaux ! Elle découvre peu à peu que ce morphisme animal s’apparente au caractère de l’homme/animal ou animal/homme.
Concomitamment à cela, Joséphine va connaître des moments d’extase dans les bras de Dona et d’autres invitées, nous révélant ainsi son propre choix sexuel et son initiation à celui-ci.
 
La forme
Celle-ci n’est pas bonne. Elle est excellente ! Le récit et les dialogues sont fignolés, fouillés, ciselés. L’auteure a fait sien le conseil de Boileau : « Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage. Polissez-le et le repolissez. » Il s’en dégage quelque chose qui pourrait s’appeler de la poésie :

« La lune s’était enroulée dans un luxueux nuage d’argent »

 
Le fond
Roman étiqueté « fantastique ». Genre qui englobe plusieurs notions. Ainsi, la littérature fantastique de Stephen King nous ramène pratiquement toujours à nos peurs ancestrales. Dès les premières pages du « Renard » j’y ai plutôt vu une forme d’onirisme. Même si à un moment du récit on a peur que la « femme-serpent » ait réellement planté ses crocs venimeux dans la « femme-biche », tout apparaît comme dans un rêve. Les décors et la réception elle-même passent à l’arrière-plan. Aucune notion de temps. L’environnement un peu plus détaillé, mais qui participe aussi à cette ambiance onirique, c’est le jardin de Dona Lampado. Déjà, il semble que celui-ci s’étende sur des dizaines d’ares en plein Paris, mais sa description le rendant très sauvage avec des arbres vieux et torturés avec la présence d’un « temple de l’amitié », fait invariablement penser à ces gravures romantiques allemandes du début du XIXe siècle.
La seconde catégorie de cette production est « érotisme lesbien ».
Celui-ci n’est nullement suggéré ou évanescent. Il monte tout doucement par petites touches. Des contacts furtifs, une séance de caresses de Joséphine par Dona avec une rose. Puis, plus on avance dans le récit plus celui-ci se fait explicite. Paradoxalement pour décrire l’anatomie et la physiologie féminines, Luisa Gallerini ne se sert que de litotes. Loin d’affaiblir cet érotisme, que Domino qualifie de « chaud bouillant », cela produit l’effet inverse et l’exacerbe.
Fantastique et érotisme ne s’affrontent aucunement. Au contraire, ils s’entremêlent, s’imbriquent, forment une symbiose parfaite.
Je ne sais pas si l’auteure est comme moi accro à la mixologie, mais elle semble maîtriser l’art du cocktail. Pour édulcorer un mélange trop alcoolisé, trop marqué, il faut rajouter un trait de sirop de sucre, de fruits ou une liqueur. Luisa Gallerini fait exactement la même chose dans son récit. Son sirop à elle, c’est l’humour. En lisant « Le Renard » j’avais franchement « la banane » (oups, encore une feinte à deux balles). Déjà, les comparaisons avec les animaux sont toujours pleines de dérision, mais certaines scènes sont franchement hilarantes. Lorsque Joséphine étant assise sur la branche d’un arbre en compagnie de Dona (ben, lisez le livre vous comprendrez…), balance une chenille sur la tête chauve d’un invité. La bestiole une fois descendue sur son nez, révulsé, il l’éjecte d’une pichenette dans… le décolleté avantageux de son interlocutrice. Ici, on est chez les Max. Sennet et Linder. Et que dire lorsque Joséphine provoque l’hilarité d’une autre invitée :

« Ses dents claquèrent avec une telle violence que j’eus peur qu’elle en perdît une poignée dans son allégresse ».

Même certains moments torrides sont désopilants. Bien cachée sous les couvertures d’un lit, Joséphine dispense une « minette » d’enfer à une de ses partenaires, pendant que celle-ci essaie de tenir une conversation des plus anodines avec une tierce personne assise à côté du lit et qui ne comprend pas les « Oh ! » et les « Ah ! » qui émaillent les propos de son interlocutrice « aux anges ». Ici, on se rapproche du théâtre de boulevard.
Enfin, et pour utiliser une figure de style éculée, « cerise sur le gâteau », le roman fait l’objet d’illustrations des invités et de leur « animamorphe » par l’auteure elle-même. Beau coup de crayon qui nourrit notre imaginaire.
 

Tout cela fait, et je le dis sans emphase, que je suis carrément tombée amoureuse de ce texte.
 
Hélas, le roman se termine, et là, c’est la catastrophe.
Non pas la fin en elle-même qui est bien amenée. Les dernières pièces du puzzle se mettent en place, même si cela ternit un peu le côté onirique. Les perspectives de la vie de Joséphine font l’objet d’une ouverture. La chute ultime est évidente, tellement évidente que personne n’y pensera, tout comme dans « La Lettre » d’Edgar Allan Poe.
Non, la catastrophe c’est justement qu’il y ait une fin.
Bon, on peut toujours se consoler avec les inusables aphorismes : « trop de plaisir n’est plus du plaisir » ou « les meilleures choses ont une fin ». Il n’en reste pas moins qu’une fois la dernière page tournée on entre en dépression « post-coïtale » ou « post-partum ». J’en suis presque venue à souhaiter avoir l’esprit vierge (+1… !) de cet ouvrage pour pouvoir seulement le découvrir. Cela n’est pas sans rappeler le mot de Georges Clémenceau : « En amour, le meilleur moment c’est quand on monte l’escalier ».
Cela dit, que rien ne vous empêche de vous régaler avec « Un renard dans le miroir ». Et puis tant pis, si dans le bus, le métro, le train ou l’avion, tout le monde regarde en coin votre œil égrillard et votre air béat !…
 
Il semble que Luisa Gallerini soit fort occupée. Il y a sa saga « Ceux d’en haut », une nouvelle série sur la cosmogonie et le panthéon égyptiens, mais il faut espérer qu’un de ces jours elle puisse nous offrir un nouveau roman érotique lesbien « accouplé » (désolée… c’est plus fort que moi) à un autre thème. C’est tout le mal que je nous souhaite.
 
Anaïs, mai 2020