Le blog d'Anaïs

Le Kama Sutra lesbien – Maryssa Rachel

Format Kindle et papier sur Amazon – à partir de 9,50 € – 184 pages

Mon évaluation

«Titre ronflant ; contenu un peu décevant»

D’accord, à proprement parler il ne s’agit pas d’un récit érotique, mais, l’érotisme est bien présent.
Parmi les commentaires sur la page Amazon du produit :

« l’art d’enfoncer les portes ouvertes »

Phrase lapidaire, mais qui, à l’examen n’est pas tout à fait fausse.
 
Deux parties : les prémices et ensuite le Kama Sutra.

Première partie : les prémices

Le début est plutôt « fourre-tout » et c’est vrai qu’on y retrouve des banalités. Où faire des connaissances lesbiennes ? Ce qu’il faut savoir sur elles. Les premiers pas. La première rencontre. Etc.
Déjà, la question cruciale : pourquoi est-on ou devient-on homo ? Vaste programme ! Ne vous attendez pas à une réponse, puisque des générations de psychologues et de psychiatres n’en savent rien eux-mêmes. Ce qui n’empêche pas mademoiselle Rachel d’éliminer des causes qui ne le devraient pas. Dire que le lesbianisme n’est jamais dû à des traumatismes d’ordre sexuel (violence conjugale ; viol ; inceste) me paraît aller vite en besogne.
On y casse des clichés pour les remplacer par des autres. Les explications laborieuses et surtout rabâchées sur la bisexualité n’apportent rien de bien nouveau par rapport à ce qu’on peut lire sur mille sites sur la toile…
Mais, là où ça sent un peu « le remplissage » ce sont les paragraphes qui traitent de la préparation des premières rencontres. Ben, c’est la même chose qu’on soit hétéro ou homo, femme ou homme.
Ensuite viennent quelques chapitres consacrés réellement aux prémices. Étrangement on commence par la fin, puisque l’auteure traite directement, excusez du peu, de l’orgasme féminin… ! Rien de moins ! N’attendez pas de révélations, car on reste au niveau des lieux communs. Il n’y a évidemment pas d’orgasme spécifique au plaisir lesbien. Quant au reste, c’est ici aussi d’une banalité affligeante. Les orgasmes courts, longs, multiples, discrets, expansifs, muets, bavards, gais, dépressifs, etc. Par contre, on n’échappe pas au lieu commun de la distinction entre « clitoridienne » et « vaginale », alors que celle-ci est de plus en plus battue en brèche par le corps médical. Assurez-vous, mes toutes belles, je ne vais pas vous abreuver d’un cours d’anatomie, mais désormais on sait que le clitoris n’est que la partie « émergée de l’iceberg ». De celui-ci s’étend sur un réseau dense de terminaisons nerveuses tout autour du vagin et trouve parfois son apogée dans le fameux « point G » bien expliqué par l’auteure.
Pas un mot également au sujet d’une particularité physique, objet des fantasmes des mecs, l’éjaculation féminine qui concernerait (j’emploie le conditionnel car j’ai un doute sur les chiffres que j’ai en ma possession) au moins une fois une femme sur trois.
Bref, pour le Saint Graal de la jouissance, rien de neuf sous le soleil.
À l’inverse, cette partie est paradoxalement lacunaire.
Dans les prémices, Maryssa Rachel oublie quelque chose qui est pourtant parfois très érogène, et que je pratique souvent avec ma chérie, la soirée « naturiste » (en toute discrétion bien sûr et dans le huis clos de notre appartement). Rien de tel pour se « chauffer » que de se balader Intégralement à poil.
Plus grave dans ces généralités, l’omission totale, même s’il est évoqué indirectement, le problème du « coming–out ». Il ne s’agit pas bien évidemment de donner une solution toute faite, mais des pistes en fonction de l’entourage familial, professionnel, social, auraient été les bienvenus.

Deuxième partie : le Kama Sutra

Ici, c’est nettement plus intéressant.
Globalement c’est assez sexy, cela d’autant plus que les témoignages sont parfois des petits textes émoustillants.
En outre, les dessins d’illustration sont de qualité. Malheureusement, et c’est rédhibitoire, ils ont un goût de « nettement trop peu ». Souvent, les positions sont descriptives et, disons-le, assez obscures. Il m’a fallu plusieurs relectures pour parfois en comprendre le sens. Ça fait quand même un peu notice de montage Ikea… Et là, c’est moins sexy… !
Au moins, cela m’aura appris que comme Monsieur Jourdain, je faisais de la prose sans le savoir,
ainsi j’ignorais totalement que je pratiquais le « cueille fleur », « Eve et Lilith » ou autre « Loba »…
Bon, ici au « Jardin » nous ne savons que trop bien ce que peut coûter une illustration originale, mais, plutôt que d’illustrer deux fois le 69 et le double dong qui restent des classiques, des dessins sur des positions originales auraient été les bienvenus.
Précisément, on touche là à un autre problème de cette production. Il est de toute évidence que l’auteure confond « pratiques » et « positions ». Frottement ; onanisme ; sexe buccal ; utilisation des jouets, sont des pratiques et nullement des positions, même si chacune de ces pratiques peut se décliner en « variantes » et « positions ». D’ailleurs, ces exposés sont très lacunaires. Si le sexe oral reste limité dans ses positions, la masturbation offre une infinité de variantes.
Par contre, je n’ai pas très bien vu l’utilité de la dite « position » « amour secret ». Il ne me viendrait jamais à l’idée « d’arranger » ma compagne en public avec un gode… ! Nous savons nous tenir et si ça nous chatouille de trop, on s’éclipse vite fait, ou on se retient…, l’attente ne rendra nos ébats que meilleurs !

Une omission importante de Maryssa Rachel dans ses explications anatomiques et physiologiques est celle de la sécrétion intime. Son absence ou son insuffisance peuvent poser de gros problèmes en termes d’irritation lors des rapports sexuels lesbiens (ou même mixtes), à l’inverse une cyprine trop abondante peut perturber mentalement celles qui sont concernées, certaines le vivant comme n’étant pas « normale », voire « sale », même si ici aussi, cela fait partie de l’univers fantasmatique des mâles.

Par contre, j’ai été heureuse de constater que certaines pratiques – appelées « chemins de traverse » – n’ont pas été oubliées à l’instar de ce qui se fait sur certains sites. En particulier la sodomie et le BDSM. L’article consacré à la sodomie explique avec beaucoup de justesse que contrairement à ce qu’on croit généralement, il existe bien un orgasme anal chez la femme provoqué par l’excitation externe de l’arrière du vagin. Cela vient corroborer indirectement mon propos au sujet de l’innervation extérieure et postérieure de la cavité vaginale.

Au bout du compte, derrière le côté émoustillant de cet opuscule, la question essentielle et qui reste pour moi sans réponse : À qui cet ouvrage s’adresse-t-il ?
Bon, je ne vais pas jouer les « anciennes combattantes », mais une décennie d’expériences sexuelles lesbiennes intenses (eh, oui, j’aime le sexe…) fait que le « Kama Sutra lesbien » ne m’a rien apporté.
Alors, cela s’adresserait-il aux hétéros repenties (je plaisante !) ? Dans la mesure où le changement d’orientation sexuelle est très souvent induit par une lesbienne de toujours, l’éducation de l’amour saphique se fait toujours par cette intermédiaire. Alors, deux changements de goûts concomitants ? Ouais, mais, il faut avouer que cela ne court pas les rues. Personnellement je n’en connais aucune.
Par contre, il me semble que Maryssa ait oublié un lectorat essentiel et loin d’être négligeable : les adolescentes en questionnement sur leur devenir sexuel. Allez faire un tour sur les forums qui leur sont consacrés ou sur les forums lesbiens, cela représente au moins les trois quarts des posts. Et là, l’auteure est à côté de la plaque. Les généralités présentées dans la première partie auraient pu avoir un mot pour elles. De même, la seconde partie aurait pu évoquer un événement particulièrement anxiogène pour les filles ado, y compris les hétéros : la perte de la virginité physique. Ici aussi, il ne s’agissait pas de donner une solution « toute faite », mais au moins d’ouvrir quelques perspectives surtout dans le cas d’une orientation lesbienne d’emblée.

Enfin, si vous êtes prêts à mettre 10 roros dans cet ouvrage, faites-le quand même, c’est pas l’eldorado, mais ça reste quand même croustillant.

Anaïs, mai 2020