Le blog d'Anaïs

« Les plaisirs secrets de la Belle Époque » d’Anna Kriakovna

Disponible sur Amazon – 210 pages – format Kindle – 3,49 € – éligible à l’abonnement Kindle

MON Evaluation

«Un petit roman bien chaud à explorer sans retenue»

Pourquoi ne pas commencer par le meilleur ? Cette production m’a été chaudement recommandée par Domino qui l’a découverte il y a quelques semaines, presque par hasard. C’est avec plaisir que j’inaugure ma rubrique avec ce roman.
 
Déjà le nom, Anna Kriakovna (nom de plume ?), cela fait rêver. Peut-être suis-je une incorrigible romantique, mais ce patronyme slave me fait penser à la littérature du même nom en rêvant à Tolstoï, Tchekhov et les autres Gogol. Les grandes plaines russes et des promenades en troïka entre les bois de bouleaux. Et que dire de sa photo de page d’auteure sur Amazon ? Mystérieuse, troublante, sexy en diable…
Le « pitch » de cet ouvrage, est tout compte fait assez classique dans la littérature érotique lesbienne. Ségolène Hertain et Amarande de Bréval, deux grandes bourgeoises parisiennes riches et oisives sont amies dans la vie. Question plaisirs du lit, ce n’est justement pas la joie. De l’aveu même de ces deux jeunes femmes, même si leurs maris respectifs « sont bien équipés », leurs rapports intimes sont un peu « planplans » … Amarande, saute sur l’occasion, et sans doute plus ou moins aiguillonnée par des envies saphiques va « soulager » son amie dans une série de huit tableaux tout aussi croustillants les uns que les autres, en compagnie d’Eugénie et de la mystérieuse Margarita. L’érotisme mixte n’est cependant pas absent de l’ouvrage, mais, et ce n’est pas pour me déplaire, limité au sexe oral. (Ben quoi ? Ce n’est pas parce que je suis « goudou » que je n’ai pas ce genre de fantasme ! Lol !)
 
Première grande surprise, et excellente : la qualité du style ! Anna Kriakovna a fait le choix du mimétisme avec l’époque qu’elle décrit. C’est bien tourné, fouillé et pour tout dire « chiadé ». Un seul petit regret : l’absence de l’imparfait du subjonctif, oublié au début du XXIe siècle, mais en plein usage à la fin du XIXème. Bon, d’accord, pour nos oreilles contemporaines « il eût fallu que je le susse » ça fait un peu rigolo. Mais, on peut s’en sortir avec utilisation de l’infinitif. Question orthographe, à part une ou deux petites coquilles, c’est presque le nirvana.
 
Quant au fond, c’est également une réussite complète. Bon, ce n’est pas une hagiographie ni un livre de la bibliothèque rose. Naviguant entre fantasmes et réalité, l’érotisme est explicite, exacerbé et cru. Cru, mais ô grand jamais vulgaire. Lisez et relisez le roman, vous n’y trouverez pas de « chatte », de « con », de « moule », pas plus que de « bite », de « queue » ou de « pine » lorsque cela s’applique. De même vous ne lirez pas une des héroïnes demander « qu’on la défonce ». Anna Kriakovna ne transige pas avec la vulgarité, et même si les descriptions sont parfois « hard », elle-même insiste sur ce qu’elle appelle « le sexe propre ».
Le seul petit bémol, mais là c’est subjectif de chez subjectif, c’est la connotation plutôt SM du roman. Perso, ce n’est pas trop ma tasse de thé. Je suis « doudouille » et j’aime pas trop avoir mal. Dès le départ et encore maintenant avec ma chérie, j’ai remisé d’emblée et définitivement les bâillons, les pinces à tétons et les fouets. Les pinces à linge restent sur le séchoir et ne viennent pas garnir les lèvres de ma minette. Contrairement à Amarande, le fait de m’enfoncer les ongles dans les tétons ne me fait pas connaître l’extase, pas plus que d' introduire une boule de billard dans mon intimité, endorphines ou pas… De même, mon beau petit fessier préfère des poutous bien baveux plutôt que de se faire battre comme plâtre et qu’on puisse faire cuire une demi-douzaine d’œufs sur celui-ci. Mais, ceci dit, comme le disait un de mes aïeux « tous les goûts sont dans la nature » et si le SM fait partie des fantasmes de mes congénères, je n’ai aucune raison de jeter le bébé avec l’eau du bain.
Au bout du compte, ce petit roman m’a quand même émoustillée, à tel point que je l’ai relu quelques jours après l’avoir terminé. Bref, en quelques mots comme en cent, cela m’a donné envie…
 
« Le Jardin » sur le coup, avait un train de retard, nous nous sommes aperçus que la production d’Anna Kriakovna datait déjà de… 2016 ! Dans un échange de courriels l’auteure nous a indiqué qu’elle avait mis quatre ans à l’écrire. En ce moment elle travaille sur un autre roman. Gageons donc que nous allons le voir apparaître bientôt. Ceci sera le bienvenu, car, je le répète, ce petit roman érotique lesbien est adorable. Il n’est pas trop tard pour le découvrir.
 
Anaïs, avril 2020.